
Le Dumping de nos aînés
Par Stéphane Gendron maire de Huntingdon Collaboration spéciale
La semaine dernière, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, nous invitait à célébrer la Journée internationale des Aînés. Le Journal de Montréal rapportait les propos de la ministre Blais, encourageant les aînés à « s'épanouir au travail » et à rester actifs le plus longtemps possible. Belle entrée en matière d'un portrait pourtant désastreux.
La politique familiale envers les aînés est l'équivalent de celle envers nos jeunes enfants et le CPE : Le parking de nos aînés dans les CHSLD et les foyers privés. Avec tous les égards que nous devons au personnel dévoué de ces institutions, il n'en demeure pas moins que nous demandons à ceux et celle qui nous ont précédés et qui ont construit notre société de finir leurs jours à l'abris de cette même société dans ce que nous n'osons pas appeler de véritables mouroirs des temps modernes.
MOUROIRS
Bien sûr, il ne s'agit pas des mouroirs de Mère Teresa à Calcutta. La qualité de vie de nos mouroirs québecois a déjà fait les manchettes : bain une fois par semaine, couche avec thermomètre, souper en 5 minutes, plaies de lit et bain d'eau bouillante à l'occasion, sans compter les insultes dont nos aînés sont victimes de temps à autre. Mais ce qui blesse le plus pour une personne rendue à la fin de sa vie, c'est l'abandon. Bien souvent, le conjoint a quitté pour l'au-delà. Les enfants sont désintéressés. La maladie et le vieillissement font lentement leur œuvre comme la gangrène qui vous ronge un peu plus chaque jour.
MIEUX VAUT EN RIRE…
Mais rassurez-vous! Il existe maintenant les clowns thérapeutiques pour remplacer vos enfants - absents, parce que trop occupés à courir après la vie. Oui. Des clowns pour vous rappeler à quel point vous avez travaillé toute votre vie. Payés des taxes et des impôts. Investi dans votre famille et votre communauté. La ministre Blais l'a dit la semaine dernière : mieux vaut rire que pleurer!
La société vous rend la politesse en vous amusant avec des clowns et en vous Infantilisant. Prisonnier dans votre chaise ou votre lit, il ne vous reste plus qu'à regarder le spectacle jusqu'à ce que le rideau de votre vie tombe sur le plancher.
Une société qui abandonne ses aînés est une société malade. Comme celle qui abandonne ses enfants en les abrutissant devant la télévision et les jeux vidéo. Rester assis à dénoncer n'améliore en rien la situation actuelle. Pourquoi ne pas exiger de toutes les municipalités l'adoption de mesures fiscales concrètes en faveur des maisons intergénérationnelles? Développer un discours axé sur les valeurs familiales au lieu d'unE approche mercantiliste ne misant que sur le travail de nos aînés et son apport économique.
DÉNONCIATION
Ce qui blesse le plus pour une personne rendue à la fin de sa vie c'est l'abandon D'ici une génération ou deux, on jettera un regard historique sévère sur ces mouroirs comme nous dénonçons aujourd'hui ces asiles des orphelins de l'ère de Duplessis disséminés un peu partout dans nos campagnes et nos villes québecoises.
Le discours de la ministre Blais est insultant pour les aînés. Leur demander de s'épanouir au travail est la formule polie pour leur arracher encore plus en impôt et en déductions à la source. L'épanouissement par le travail ! Quel temps leur restera-t-il pour les petits-enfants ? Les aînés n'ont-ils pas le droit au repos avant la mort?
* Sources Le journal de Montréal – 6 octobre 2009
N'attendez pas d'être prisonnier dans votre chaise ou votre lit pour poser un geste. Les « Soins de longue durée », c'est pendant que nous sommes en santé qu'il faut y penser! |